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Occupation Double : Lucie Pagé nous parle de son amour de l'Afrique du Sud et de sa fondation

Caroline Élie Caroline Élie Publié dimanche le 17 novembre 2019

Lucie Pagé est catégorique : si on veut aider les gens, on doit parler d’abord à leur cœur.

Entrevue exclusive (et résolument inspirante)!

Les candidats ont eu l’occasion de rencontrer Lucie Pagé et son mari, Jay Naidoo, en Afrique du Sud. Lucie et son mari sont énormément impliqués dans la communauté et rêvent de bâtir un monde meilleur pour les habitants de leur pays. À travers leur fondation, Angamma, ils ont déjà accompli plusieurs grandes et petites victoires et ils dédient chaque jour de leur vie à aider les autres. Lucie est catégorique : si on veut aider les gens, on doit parler d’abord à leur cœur. 

Rencontre avec une femme qui change le monde. 


Lucie, parlez-nous de comment l'idée de la fondation Angamma a vu le jour il y a quelques années?

Mon mari travaillait jadis pour le gouvernement, et bien que le gouvernement parvienne à instaurer des changements, il ne peut pas tout faire. Il y avait tout un pays à revirer de bord! La fondation a vu le jour en 2007, mais on a vraiment commencé à l’utiliser en 2012. Les lois entourant les ONG sont très sévères, tout est scruté à la loupe, et de notre côté, on est totalement transparents dans nos démarches, alors cela nous bénéficie.

Il y a 14 millions de personnes qui se couchent le ventre vide chaque soir, il y a donc encore beaucoup de travail à faire. On a eu envie d’outiller les gens, de les aider à créer leur propre vie, leur propre revenu. On aborde le tout en mettant l’environnement au cœur de nos démarches. On respecte les saisons, et on travaille avec tout le monde, que ce soit les aînés, les femmes, les enfants; on prend tout le monde en considération. 


Quelle est la mission principale de la fondation?

D’abord, le mot ANGAMMA vient de l’arrière-grand-mère de Jay qui est partie de l’Inde en 1860, seule avec son enfant, afin de venir s’installer en Afrique du Sud. Avec la fondation, on vise à construire une collaboration afin de créer des avenues d’espoir et des opportunités vers une société à développement durable. Au lieu de penser qu’on a hérité la planète de nos parents, on se dit plutôt qu’on l’emprunte à nos enfants. On veut ainsi créer des opportunités pour une société meilleure pour eux.


Y a-t-il eu des accomplissements clés dans le passé qui vous rendent particulièrement fière?

Il y en a eu tellement. Par exemple, certains villages qui n’avaient pas d’électricité ont maintenant des panneaux solaires, et on a aussi donné des lampes solaires aux enfants afin qu’ils puissent faire leurs devoirs le soir malgré la noirceur. Ce geste a fait en sorte que leurs résultats scolaires se soient grandement améliorés d’ailleurs! On a aussi réalisé que les adolescentes avaient tendance à ne plus aller à l’école à l’âge de la puberté. En creusant plus loin, on a compris que lorsque ces dernières avaient leurs menstruations, elles ne voulaient évidemment plus se rendre à l’école, où il n’y avait pas de toilettes. On a donc fait installer deux toilettes afin qu’elles puissent continuer à vivre normalement et étudier comme tous les autres. Il y a d’ailleurs un proverbe qui dit : «Quand on éduque un homme, on éduque un individu. Quand on éduque une femme, c’est toute une société qu’on éduque.»

On a aussi montré aux gens à installer un jardin chez eux afin qu’ils puissent se nourrir. On a financé l’achat d’un taxi pour une femme qui rêvait de conduire un taxi dans son village. On a mis sur pied un centre d’arts afin que les gens puissent apprendre à vivre de leur passion, que ce soit en confectionnant des savons, des bijoux, ou même en faisant de la peinture.

Au final, on fait des changements tangibles comme instaurer des panneaux solaires ou des toilettes, mais on vise surtout à nourrir le cœur et l’esprit, car c’est ainsi qu’on nourrit la paix et la santé.


Qu'espérez-vous pour l'avenir de la fondation?

Notre but est d’ouvrir tous les cœurs du monde!

Cela fait maintenant 5 ans qu’on travaille sur ce projet. On y a mis énormément d’efforts, de temps et d’argent, on est donc prêts à renflouer nos coffres et à continuer de trouver des solutions pour aider les gens à travers la fondation. On a un projet pilote d’agriculture qui nous permettrait de nourrir 50 familles pour une année avec seulement 100$! J’ai envie de redonner aux autres les privilèges que j’ai eus dans ma vie. Des privilèges de base qui sont essentiels à l’être humain, soit dormir dans un lieu sécuritaire, manger, se vêtir, aimer et être aimé. Tout cela, ce n’est pas juste avec l’argent qu’on va l’accomplir. L’argent est plutôt un moyen d’ouvrir le cœur des gens.

 

Comment vos enfants sont-ils impliqués dans la fondation?

Shanti est une véritable entrepreneure. Elle a toujours été une première de classe, et elle avait envie de partir sa propre ONG. Jay lui a donc dit : pourquoi ne prendrais-tu pas la relève de notre propre fondation? C’est important de laisser les jeunes s’impliquer, car ils ont une vision différente de la nôtre. Nous, on est là pour guider Shanti.

Kami s’occupe du volet jeunesse en travaillant sur des projets d’agriculture afin de permettre aux gens de manger.

Mes enfants ont été élevés en côtoyant les Mandela, Castro et Ararafat de ce monde. Ils ont appris quoi faire et quoi ne pas faire, mais avant tout, ils ont conservé leur humilité. Depuis toujours, à notre table au souper, on discute de comment on peut aider les gens, on a toujours cherché à trouver des solutions afin d’aider les autres. 

Shanti et Kami ont établi des partenariats clés avec des entreprises d’ici, et ayant un père missionnaire, c’était tout naturel pour eux de s’impliquer auprès de la communauté. Je suis très fière de mes enfants.


 

Quelle est votre plus belle récompense via cette fondation?

Ma récompense, c’est le bonheur des gens. On reçoit des témoignages et des lettres chaque jour, on sait qu’on change la vie de plusieurs et ça fait chaud au cœur.

Laissez-moi vous raconter un exemple; il y avait une femme dans un village qui était toujours triste et bête, et tout le monde nous parlait d’elle, nous demandant de l’aider. Lors d’un atelier que j’ai fait avec des femmes là-bas, j’en ai profité pour ouvrir la conversation sur mon propre parcours, les problèmes que j’ai vécus dans le passé, afin de les mettre en confiance. Elles ont compris alors que ce n’était pas parce que je suis une femme blanche américaine que je n’ai pas de problèmes. Toutes se sont mises ensuite à raconter leur vie, puis, cette femme nous a avoué qu’il y a 15 ans, elle a accouché de sa fille, et quelques jours plus tard, le père l’a enlevée. Elle n’a jamais retrouvé sa fille, et depuis, elle vivait dans la tristesse et la frustration. On l’a donc fait chanter, danser, et s’amuser afin de lui faire voir la vie d’un autre œil. Depuis, elle sourit. En la changeant elle, on a changé la vie des gens autour d’elle.

On travaille avec des médecins spirituels afin de guérir l’âme de la personne. Mon fils a d’ailleurs introduit la méditation et le yoga dans les écoles, et depuis, on voit une nette amélioration des comportements, et presque plus de méchanceté entre eux!

 

Quels progrès ont été faits depuis la mise sur pied de la fondation?

On a appris plusieurs leçons, notamment, d’inclure tout le monde, que ce soit les aînés, les jeunes, les femmes… tous. On a aussi appris à ne pas prendre de décision pour eux; par exemple, j’avais eu l’idée d’instaurer un programme de gravure sur verre, mais le projet n’a pas levé, car ce n’était pas ce que la communauté avait envie de faire. Ils veulent plutôt fabriquer des savons, faire de la couture, etc. Ils sont capables de décider pour eux-mêmes, et on doit les écouter.

On a appris qu’il faut aller plus loin que les briques, et se concentrer sur la tête, les émotions, et l’âme. Et ça, c’est un gros apprentissage.

 

En terminant, quels sont les enjeux principaux sur lesquels vous vous penchez en ce moment?

On mise en ce moment sur trois volets, le premier étant d’offrir de l’énergie propre et accessible aux gens avec des panneaux solaires. Le deuxième est certainement notre projet d’agriculture afin que tous aient accès à de la nourriture. Et finalement, on se penche aussi sur les jeunes. Il y a un village avec lequel on vient de commencer à travailler, un village de plus de 800 000 personnes, où tous les jeunes boudent l’école et passent leur temps à traîner dans les rues. Ils fument, consomment de la drogue, et sont en colère contre leur situation, même s’ils ont accès à une école et à un pupitre. On veut leur redonner envie d’étudier, leur redonner espoir pour leur futur. On veut éviter la bombe à retardement qui ferait en sorte que toute cette génération serait frustrée et méchante en vieillissant, on veut donc canaliser cette énergie négative en la rendant positive afin de leur offrir des avenues pour un futur meilleur. 

Pour faire une différence

Pour en savoir plus sur la fondation : https://www.angamma.org 

Pour faire un don en ligne, visitez le site d'Alternatives


Un merci tout spécial à madame Lucie Pagé pour son ouverture et sa générosité à nous parler de la réalité en Afrique du Sud. Longue vie à Angamma.

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Fondation Angamma

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